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Sagesse parfaite

Le texte suivant a été écrit par François Delivré et publié dans sa série Sagesse de février 2009 (publication Les "Brefs", www.brefs.info).


Il nous invite à réfléchir à la nécessité de courir après la perfection. A lire absolument par tous les perfectionnistes.



Sagesse parfaite (100% = 90%)


100%, c'est l'idéal de sagesse que proposait la Grèce antique et auquel invite parfois la sagesse orientale actuelle. Ce niveau est réservé à une élite qui doit choisir d'y consacrer sa vie.


Mais nous autres, êtres humains ordinaires qui pataugeons au quotidien et sommes empêtrés dans nos grandes et petites misères, comment pouvons nous tout de même accéder à la sagesse parfaite?


C'est possible, mais avec l'état d'esprit su 90% = 100%, en adoptant la sagesse d'Aristote le pragmatique, ou celle de Montaigne l'humaniste.


L'équation est difficile à admettre, peu raisonnable, mais profondément sage. Car il y a deux étapes sur le chemin de la sagesse parfaite :

  • une première est de parvenir à 90% de sagesse, d'atteindre cette harmonieuse authenticité faite d'ouverture aux autres et au monde, de prise de recul et d'appréciation correcte du cours des choses. C'est parfois très long mais tout le monde ou presque en est capable.
  • une seconde étape est alors de renoncer à atteindre les 100% parce que c'est dans ce renoncement même que réside l'ultime sagesse.

Les petits malins aimeraient bien parvenir à la seconde étape sans passer par la première mais c'est (presque) impossible.


Programme de sagesse parfaite :


Donc, renoncer d'un coeur léger aux 10% de l'ultime effort. Accepter 10% de "non sagesse", être (bien sûr) parfait dans la perfection mais aussi joyeusement parfait dans l'imperfection.


On s'amuse ?


Accepter 10% de laid et honteux au fond de soi.


Accepter de se tromper une fois sur dix. Echouer un peu, ne parvenir que dans 90% des cas à l'ojectif que l'on s'était donné.


Accepter au fond de soi une petite part d'ambigu, jusqu'à 13% ; Avoir jusqu'à 8% d'animalité, et 5 à 20% de bête de sexe si ça vous chante ;


Passer avant les autres une fois sur dix ;


4% de malignité, 4% de mensonge, 2% de perversité, 14% d'égocentrisme ;


Accepter (joyeusement) d'avoir une part carrément dégoutante, bizarre, excessive, infantile ;


Dans ce que l'on dit, accepter qu'il y ait entre 7 et 12% de bêtise ;


Je donne des pourcentages, mais ajustez à votre convenance. L'essentiel est que ce soit faible.


Accepter 10% de méchanceté au fond de soi, avec 0,05% de passage à l'acte ;


Accepter la petite part en nous qui a honte et se sent coupable même lorsqu'il n'y a pas lieu de se sentir honteux ou coupable ;


Voir qu'il y a en soi 3 à 22% irréductibles de paresse, de passivité, d'aveuglement ;


Accepter d'avoir dans nos propos à l'égard d'autrui 10% de maladresse ;


11% de place à l'ego, carrément ;


Accepter enfin et exceptionnellement, disons dans 5% des cas, que nous dépassions les petits pourcentages de "non sagesse" et que nous soyions temporairement et carrément bête, infantile, idiot, larmoyant, pénible, animal, dégoutant, bizarre, maladroit, paresseux, passif, égoïste, égocentrique, narcissique.


Se pardonner les (presque) grosses erreurs, les (presque) énormes maladresses. Je dis "presque" parce que c'est aussi à cela que servent les 90% de la première étape : éviter les catastrophes.


Et savez-vous ce qui se passe lorsqu'on renonce à l'ultime effort des 10% pour assumer la perfection dans l'imperfection ? C'est la joie qui arrive, la vraie joie, la joie parfaite, la joie imprenable !



Retrouvez d'autres textes de François Delivré dans Les "Brefs" : www.brefs.info.

 
Dernière modification : 05/04/2009